La campagne de l’administration Trump contre la Cour pénale internationale prend une nouvelle dimension. Après le retrait annoncé du Venezuela et du Tchad, plusieurs pays africains seraient désormais soumis à des pressions américaines pour quitter la juridiction basée à La Haye.
La bataille autour de la Cour pénale internationale (CPI) change d’échelle. Depuis la mi-juillet, l’administration de Donald Trump mène une offensive diplomatique assumée contre la juridiction internationale, avec une cible particulièrement exposée : l’Afrique.
Le signal le plus clair est venu de Marco Rubio. Dans une tribune publiée le 13 juillet dans le Wall Street Journal, le secrétaire d’État américain a annoncé la volonté de Washington de « démanteler » la CPI, affirmant que la juridiction représentait une menace pour le système juridique et politique américain.
Quelques jours plus tard, les premières conséquences apparaissaient. Le Venezuela a annoncé le 24 juillet son retrait du Statut de Rome, avant que le Tchad ne fasse de même le 27 juillet. Caracas comme N’Djamena ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme une justice internationale appliquée de manière sélective aux pays du Sud.
Washington veut fissurer le front africain
Si les États-Unis ont toujours refusé de devenir membre de la CPI, Washington dispose néanmoins d’importants leviers diplomatiques, économiques et sécuritaires pour influencer les États qui entretiennent des relations étroites avec lui.
La nouvelle stratégie américaine viserait notamment les pays africains membres de la Cour. Selon des informations rapportées par Le Monde, plusieurs États auraient reçu des appels, des lettres ou des visites de responsables américains afin de les convaincre de quitter la juridiction.
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L’Ouganda aurait notamment reçu, le 24 juillet, un message présenté comme un ultimatum : quitter la CPI ou s’exposer à des « conséquences ». Kampala n’aurait, pour l’heure, pas cédé à ces pressions. Le Bénin aurait également été approché.
La Maison-Blanche aurait par ailleurs confié un rôle central dans cette offensive à Frank Garcia Jr., responsable américain chargé des affaires africaines. Selon les informations disponibles, il aurait notamment contacté les autorités tchadiennes quelques jours avant l’annonce du retrait de N’Djamena.
Pourquoi l’Afrique est-elle au cœur de la bataille ?
La question est devenue particulièrement sensible sur le continent africain parce que celui-ci occupe une place centrale dans l’histoire de la CPI.
Sur les 125 États parties au Statut de Rome, 33 sont africains. Au fil des années, la Cour a ouvert une grande partie de ses enquêtes sur le continent, notamment en République démocratique du Congo, en Ouganda, au Soudan, en République centrafricaine, au Kenya, en Libye et au Mali.
Cette concentration alimente depuis longtemps les critiques de plusieurs gouvernements africains, qui accusent la CPI de pratiquer une justice à géométrie variable.
Le Tchad a précisément utilisé cet argument pour justifier son retrait. N’Djamena affirme que la Cour est « limitée et incohérente » et dénonce une « sélectivité » dans son fonctionnement. Selon les chiffres cités par les autorités tchadiennes, neuf des treize enquêtes ouvertes par la CPI concernent des pays africains et six des sept personnes actuellement détenues par la Cour sont liées à des affaires africaines.
La question Netanyahu au cœur du bras de fer
Derrière l’offensive américaine se trouve également un dossier particulièrement sensible : celui d’Israël.
En novembre 2024, la CPI a délivré un mandat d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et son ancien ministre de la Défense Yoav Gallant, dans le cadre de son enquête sur la situation dans les territoires palestiniens.
Cette décision a fortement aggravé les relations entre Washington et la juridiction de La Haye.
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L’administration Trump considère également que la CPI pourrait exercer sa compétence sur des ressortissants américains, notamment dans le cadre d’enquêtes portant sur les actions de militaires américains en Afghanistan. C’est l’un des principaux arguments avancés par Washington pour contester la légitimité de la Cour.
Donald Trump a d’ailleurs précisé fin juillet que la campagne américaine contre la CPI visait notamment à défendre Netanyahu et d’autres alliés des États-Unis, tout en contestant l’idée selon laquelle le président américain serait lui-même personnellement visé par la Cour.
Des juges de la CPI attaquent Trump et Rubio en justice
La confrontation ne se limite désormais plus aux déclarations diplomatiques.
Le 24 juin, trois juges de la CPI ont saisi la justice américaine à New York pour contester les sanctions imposées par l’administration Trump.
Les magistrates Kimberly Prost, Solomy Balungi Bossa et Reine Adelaide Sophie Alapini-Gansou, cette dernière étant originaire du Bénin, estiment que les sanctions américaines constituent une tentative de pression sur leur travail judiciaire. Elles contestent notamment les restrictions financières et les mesures affectant leurs déplacements.
Le cas de Reine Alapini-Gansou donne à cette confrontation une dimension africaine particulière. Sa présence parmi les plaignantes illustre les tensions croissantes entre Washington et les magistrats de la juridiction internationale.
Une crise qui dépasse la CPI
La bataille actuelle pose une question beaucoup plus large : quel avenir pour la justice pénale internationale dans un monde où les grandes puissances contestent de plus en plus ouvertement les institutions multilatérales ?
Pour Washington, il s’agit de défendre la souveraineté américaine contre une juridiction dont les États-Unis ne reconnaissent pas l’autorité.
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Pour les défenseurs de la CPI, le risque est tout autre : voir les grandes puissances utiliser leur poids diplomatique et économique pour affaiblir une institution chargée de poursuivre les auteurs présumés de génocide, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre.
Le retrait du Tchad constitue à ce titre un signal particulièrement important. Le pays était membre de la CPI depuis 2006 et joue un rôle stratégique dans les équilibres sécuritaires du Sahel. N’Djamena affirme toutefois que son départ ne signifie pas un renoncement à la justice internationale et appelle plutôt l’Union africaine à renforcer les mécanismes africains de lutte contre l’impunité.
L’Afrique face à un choix stratégique
Pour les États africains, le débat ne se résume donc plus à la question de l’adhésion ou du retrait de la CPI.
Il touche directement à leur rapport aux grandes puissances, à leur conception de la souveraineté et à leur capacité à construire leurs propres mécanismes judiciaires.
La CPI est depuis longtemps critiquée sur le continent pour son bilan jugé déséquilibré. Mais son affaiblissement pourrait également priver certaines victimes d’un recours lorsque les juridictions nationales ne sont pas en mesure ou ne souhaitent pas poursuivre les responsables de crimes internationaux.
La question est désormais de savoir jusqu’où ira la campagne américaine.
Après le Venezuela et le Tchad, d’autres départs pourraient-ils suivre ? L’Ouganda et le Bénin résisteront-ils aux pressions rapportées ? Et surtout, l’Union africaine choisira-t-elle de défendre la CPI, de promouvoir une justice pénale africaine renforcée, ou de laisser chaque État déterminer individuellement sa position ?
Une chose est certaine : la bataille autour de la Cour pénale internationale est devenue un nouvel épisode de la confrontation entre souveraineté nationale, justice internationale et rivalités géopolitiques.
À La Haye comme dans les capitales africaines, le bras de fer ne fait que commencer.

