La plus prestigieuse compétition de football de la planète traverse l’une des plus graves crises de son histoire. Un projet porté par le président de la FIFA, Gianni Infantino, visant à ouvrir une partie des revenus commerciaux de l’instance à des investisseurs privés, provoque une fronde sans précédent. En Europe, plusieurs fédérations menacent déjà de boycotter la Coupe du Monde si cette réforme est adoptée.
Il aura suffi de quelques révélations pour faire vaciller l’équilibre du football mondial. Selon des informations publiées par The Times, Gianni Infantino prépare une réforme majeure de la gouvernance économique de la FIFA. Derrière ce projet, une ambition assumée : attirer plusieurs milliards de dollars de capitaux privés afin d’accélérer le développement du football à travers le monde.
Mais pour de nombreux dirigeants du ballon rond, cette initiative pourrait marquer un tournant historique en ouvrant, pour la première fois, la porte à des investisseurs privés dans l’économie de la Coupe du Monde.
Une nouvelle société pour gérer les revenus du football mondial
Au cœur du projet figure la création d’une société baptisée FIFA Forward Enterprise. Cette structure serait chargée de gérer les principales recettes de la FIFA : droits télévisés, contrats de sponsoring, billetterie et revenus commerciaux de la Coupe du Monde.
Environ 20 % de son capital seraient proposés à des fonds d’investissement. L’opération permettrait à la FIFA d’encaisser immédiatement près de 4,2 milliards de dollars, alors que l’organisation affirme avoir généré près de 15 milliards de dollars au cours des quatre dernières années.
Parmi les investisseurs évoqués figure notamment un fonds associé à Joshua Kushner, alimentant davantage les interrogations sur l’avenir de la gouvernance du football mondial.
L’Europe brandit la menace du boycott
La réaction n’a pas tardé. L’UEFA et ses 55 fédérations membres auraient exprimé un rejet unanime du projet. Leur position est claire : si la réforme est adoptée, les sélections européennes pourraient se retirer des compétitions organisées par la FIFA, y compris de la Coupe du Monde.
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Une telle décision bouleverserait totalement le visage du tournoi. Imaginer un Mondial sans la France, l’Espagne, l’Angleterre, l’Allemagne, l’Italie ou le Portugal semblait encore inimaginable il y a quelques semaines. Aujourd’hui, cette hypothèse est sérieusement évoquée.
Une contestation qui gagne d’autres continents
La fronde dépasse désormais les frontières de l’Europe. La CONCACAF, qui regroupe les fédérations d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes, s’est également opposée au projet.
La Confédération asiatique (AFC) partage les mêmes réserves, tandis que la Confédération africaine (CAF) et l’OFC préfèrent attendre l’examen détaillé du texte avant de se prononcer. De son côté, la CONMEBOL, qui réunit notamment le Brésil et l’Argentine, observe encore le débat sans afficher de position officielle.
Une réforme qui soulève des questions de gouvernance
Depuis plusieurs années, la FIFA est régulièrement critiquée pour son manque de transparence dans la gestion de ses ressources financières. Pour ses détracteurs, l’arrivée d’investisseurs privés risque d’accentuer les logiques commerciales au détriment de l’intérêt sportif.
La démission de Carlos Cordero, considéré comme l’un des proches collaborateurs de Gianni Infantino, est venue renforcer le climat d’incertitude qui entoure ce dossier.
Face aux critiques, la FIFA rejette toute idée de privatisation du football. L’organisation assure qu’elle conservera la majorité du capital de la future société et que les investisseurs ne disposeront que d’une participation minoritaire. Pour Gianni Infantino, cette réforme constitue avant tout un levier destiné à générer de nouvelles ressources pour financer le développement du football dans les 211 fédérations membres.
Le vote du 19 septembre, un rendez-vous décisif
Tous les regards sont désormais tournés vers le 19 septembre, date à laquelle les fédérations devront se prononcer sur cette réforme.
Selon une lettre adressée aux 211 associations nationales, les fédérations qui soutiendront le projet pourraient bénéficier d’une aide financière pouvant atteindre 40 millions de dollars, contre 10 millions de dollars pour celles qui voteront contre.
Cette différence de traitement alimente la polémique. Pour Javier Tebas, président de la Liga espagnole, cette proposition s’apparente à une tentative d’influencer le vote des fédérations.
Derrière la réforme, l’enjeu du pouvoir
Cette bataille intervient dans un contexte politique particulièrement sensible. En mars 2027, les 211 fédérations devront élire le président de la FIFA.
Gianni Infantino entend briguer un nouveau mandat. Grâce à une interprétation des règles, son premier mandat, entamé pour achever celui de Sepp Blatter après le scandale de corruption qui avait secoué la FIFA, ne serait pas comptabilisé dans la limite des mandats. Une situation qui pourrait lui permettre de rester à la tête de l’organisation jusqu’en 2031.
À ce jour, aucun adversaire officiel ne s’est déclaré, même si le nom de Nasser Al-Khelaïfi, président du Paris Saint-Germain, circule avec insistance dans les milieux du football.
Le football à la croisée des chemins
Au-delà des chiffres et des enjeux financiers, cette réforme pose une question fondamentale : la Coupe du Monde peut-elle rester un patrimoine universel du football tout en s’ouvrant davantage aux logiques des marchés financiers ?
La réponse pourrait être apportée dès le 19 septembre. D’ici là, les tensions continuent de monter entre la FIFA et une partie de ses fédérations, faisant planer la menace d’une fracture historique qui pourrait redessiner durablement le paysage du football mondial.

