Madagascar : l’armée se soulève, le président Rajoelina quitte Antananarivo
Un tournant décisif vient d’être franchi à Madagascar. Ce samedi 11 octobre, en fin d’après-midi, des militaires du Corps d’administration des personnes et des services de l’armée de terre (CAPSAT) ont pénétré dans le centre d’Antananarivo, prenant le contrôle de plusieurs points stratégiques, dont la très symbolique place du 13-Mai, épicentre historique des renversements de régime sur l’île.
Une mutinerie née d’un appel à la désobéissance
Dès le matin, le CAPSAT avait publié un message sur Facebook appelant les forces armées à “refuser les ordres de tirer” et à “prendre leurs responsabilités” face à la répression des manifestations.
“Nous, militaires, ne jouons plus notre rôle. On est devenus des lèche-bottes. On a préféré s’assujettir et exécuter des ordres illégaux au lieu de protéger la population”, dénonçait le communiqué.
Cette prise de position a immédiatement trouvé un écho auprès d’une partie de la troupe. Selon plusieurs témoins, des soldats d’autres régiments auraient rapidement rejoint le mouvement. Des échanges de tirs ont eu lieu, mais les mutins ont rencontré peu de résistance en entrant dans la capitale.
Rajoelina en fuite, Antananarivo en liesse
Selon plusieurs sources concordantes citées par Jeune Afrique, le président Andry Rajoelina aurait quitté Antananarivo dans l’après-midi, alors que la foule, rassemblée devant le camp du CAPSAT à Soanierana, célébrait l’avancée des mutins.
Sur la place du 13-Mai, les soldats insurgés ont été accueillis par des milliers de partisans en liesse, scandant des slogans contre le chef de l’État.
De la colère sociale à la crise politique
Les événements de ce samedi marquent le point culminant d’un mouvement né de revendications sociales.
À l’origine, les protestataires réclamaient l’accès à l’eau et à l’électricité, la lutte contre la corruption et l’amélioration des services publics. Mais la répression sanglante de la fin septembre, 22 morts selon l’ONU a transformé la contestation en mouvement politique exigeant la démission du président.
Rajoelina, 51 ans, avait tenté d’apaiser la situation en limogeant son gouvernement le 6 octobre et en nommant le général Ruphin Fortunat Zafisambo Premier ministre. Une initiative restée sans effet.
L’armée se divise
Le ministère des Forces armées a appelé à “l’unité” et à “la loyauté envers la République”. Mais sur le terrain, la fracture est visible :
- certains régiments de la gendarmerie seraient restés fidèles au président déchu,
- tandis qu’une partie importante de l’armée de terre semble avoir basculé du côté des mutins.
À la mi-journée, des sources militaires faisaient état d’une tentative d’assaut contre le camp du CAPSAT, repoussée par les insurgés. “On est prêts, on les attend”, déclarait un soldat à Jeune Afrique.
L’inquiétude internationale
La veille, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, avait exhorté les autorités malgaches à “cesser le recours à une force inutile” après de nouvelles violences contre des manifestants.
L’ONU, l’Union africaine et plusieurs chancelleries étrangères suivent de près la situation, redoutant un effondrement de l’ordre constitutionnel.
Une transition incertaine
À cette heure, aucune déclaration officielle n’a confirmé le départ du président ni précisé où il se trouve.
Le CAPSAT affirme ne pas vouloir “prendre le pouvoir”, mais “rétablir la dignité du peuple et des institutions”.
Reste à savoir si cette révolte militaire, saluée par une partie de la population, débouchera sur un changement de régime, ou sur un nouvel épisode d’instabilité chronique pour Madagascar, déjà marqué par quatre coups d’État depuis l’indépendance
