Connue mondialement pour ses minerais, Kolwezi ne se résume pourtant pas à ses carrières, ses camions et ses grandes sociétés minières. Dans les quartiers, une autre vie se déroule chaque jour : celle des motards, des vendeurs de viande grillée, des coiffeuses et de tous ceux qui font battre le cœur populaire de la ville.
Kolwezi, capitale du Lualaba, est souvent présentée comme une ville minière. Son nom est associé au cuivre, au cobalt et aux grandes exploitations industrielles. Ici, l’économie semble tourner autour des mines. Mais derrière cette image puissante se cache une autre réalité : celle d’une ville ordinaire, faite de débrouillardise, de petits commerces et de travail quotidien.
Dans les faubourgs, Alain Mwepu démarre sa journée très tôt. Casque sur la tête, moto prête à rouler, il attend les premiers clients sur son parking. Comme des milliers d’autres conducteurs de taxi-moto, il sillonne la ville pour transporter élèves, commerçants, travailleurs et habitants pressés.
« Mon travail commence dès le matin. Quand il y a des clients, je roule sans arrêt. Parfois, je peux rester moins de trente minutes au parking avant de trouver une course », explique Alain Mwepu, motard à Kolwezi.
Pour lui, la moto est à la fois un outil de travail et une source de pression. Chaque semaine, il doit verser une somme au propriétaire de l’engin. Une obligation parfois difficile à respecter, surtout lorsque la moto tombe régulièrement en panne.
« Normalement, je devais verser 100 000 francs congolais par semaine. Mais comme la moto n’est pas en bon état, nous nous sommes entendus à 85 000 francs. Malgré cela, ce n’est pas facile, parce qu’il faut aussi gérer le carburant, les réparations et parfois les tracasseries », confie-t-il.
Le michopo, un autre visage de l’économie populaire
Pendant qu’Alain enchaîne les courses, Patrick, lui, prépare son espace de travail. Devant sa boucherie, il nettoie, allume le feu et prépare les assiettes. Dans quelques heures, les clients viendront chercher le michopo de porc, cette viande grillée très appréciée dans les lieux de détente.
Installé juste à côté d’un bar, Patrick connaît bien sa clientèle. Son activité dépend beaucoup de l’ambiance du quartier, de l’heure et du passage.
« Ici, les gens aiment la viande grillée. Certains viennent boire un verre, puis ils commandent une assiette. D’autres passent seulement pour acheter et continuer leur chemin », raconte Patrick.
La préparation commence par la précuisson de la viande. Le feu doit être bien entretenu. Les morceaux sont découpés, surveillés, puis servis selon la demande des clients. Pour Patrick, ce travail exige de la patience, de la propreté et de la régularité.
« Si tu veux garder tes clients, tu dois bien préparer, être propre et respecter les gens. La viande peut être bonne, mais si l’accueil n’est pas bon, le client ne revient pas », ajoute-t-il.
Isabel, entrepreneure dans la coiffure
Au quartier RVA, Isabel commence elle aussi sa journée. Patronne d’un salon de coiffure, elle veille d’abord à la propreté de son espace avant l’arrivée des clientes. Son salon attire une clientèle relativement aisée, attentive à la qualité du service.
« Dans ce métier, l’image compte beaucoup. Avant même de coiffer, il faut que le salon soit propre, bien rangé et accueillant. Une cliente doit se sentir à l’aise dès qu’elle entre », explique Isabel.
Les premières clientes arrivent. Certaines viennent pour se renseigner sur les prix, d’autres hésitent encore. Isabel sait qu’il ne suffit pas de proposer un service : il faut aussi convaincre.
« Parfois, une cliente entre seulement pour demander le prix. Mais si tu prends le temps de bien lui parler, de lui expliquer ce que tu peux faire pour elle, elle peut accepter de rester », dit-elle avec assurance.
Pour Isabel, la coiffure est plus qu’un métier. C’est une activité qui lui permet de gagner sa vie, de former d’autres jeunes femmes et de construire progressivement son indépendance.
« Je ne travaille pas seulement pour aujourd’hui. Je veux faire grandir mon salon, avoir plus de clientes et donner aussi du travail à d’autres filles », affirme-t-elle.
Une ville minière, mais des réalités éloignées des mines
Alain, Patrick et Isabel vivent tous à Kolwezi. Pourtant, leur quotidien semble éloigné du monde minier. Ils entendent parler des grandes entreprises, des minerais et des richesses produites dans la province, mais leur vie se déroule ailleurs : dans les rues, les quartiers, les petits commerces et les services de proximité.
« On parle beaucoup des mines, mais moi, ma vie dépend surtout de ma moto. Si je ne roule pas, je ne gagne rien », résume Alain.
Patrick partage presque le même sentiment.
« Les mines sont là, oui. Mais moi, ce sont mes clients qui me font vivre. Quand les gens viennent acheter, ma journée marche. Quand il n’y a personne, je rentre avec peu de chose », dit-il.
Isabel, de son côté, estime que les habitants de Kolwezi doivent aussi être regardés au-delà de l’image minière de la ville.
« Kolwezi, ce n’est pas seulement les mines. Il y a des femmes qui entreprennent, des jeunes qui travaillent, des gens qui se battent chaque jour pour avancer », insiste-t-elle.
Kolwezi, ville de travail et de débrouillardise
À travers ces trois parcours, c’est une autre image de Kolwezi qui apparaît. Une ville où l’activité minière occupe une place centrale, mais où la vie quotidienne repose aussi sur une multitude de petits métiers.
Motards, vendeurs, coiffeuses, restaurateurs, mécaniciens, tenanciers de petits commerces : tous participent à leur manière à l’économie réelle de la ville. Une économie de proximité, souvent invisible, mais essentielle à la vie des quartiers.
Kolwezi est donc plus qu’une ville minière. C’est aussi une ville de travail, de courage et de débrouillardise. Une ville où, loin des grands discours sur les ressources naturelles, des hommes et des femmes inventent chaque jour leur propre manière de tenir debout.

