RDC : une enquête internationale alerte sur une crise sanitaire liée à l’exploitation du cobalt à Fungurume

RDC : une enquête internationale alerte sur une crise sanitaire liée à l’exploitation du cobalt à Fungurume

Une enquête approfondie menée pendant plus de trois ans par l’Agence d’investigation environnementale (EIA) met en lumière une crise sanitaire préoccupante dans la province du Lualaba, au sud-est de la République démocratique du Congo (RDC), en lien présumé avec l’exploitation industrielle du cobalt.

Une expansion minière au cœur des inquiétudes

Selon ce rapport publié en mars 2026, la forte croissance de la demande mondiale en cobalt — un minerai essentiel à la fabrication des batteries lithium-ion utilisées dans les véhicules électriques — a entraîné une intensification rapide des activités minières en RDC.

L’entreprise chinoise CMOC Group Ltd, principal producteur mondial de cobalt, exploite notamment les mines de Tenke Fungurume et de Kisanfu. À proximité de la ville de Fungurume, elle a construit une gigantesque usine de traitement, connue sous le nom d’« usine 30k », capable de traiter jusqu’à 30 000 tonnes de minerai par jour.

Mais cette expansion industrielle se fait à proximité immédiate de zones habitées, où vivent des milliers de personnes.

Des signaux alarmants sur la santé des populations

L’enquête de l’EIA s’appuie sur plus de 1 200 dossiers médicaux, des analyses environnementales et des témoignages recueillis auprès des communautés locales. Elle met en évidence une augmentation significative de maladies respiratoires graves depuis 2023, notamment des cas de toux sanglantes, de bronchites et de pneumonies.

Des habitants évoquent également des problèmes de santé plus larges, incluant des complications liées à la maternité.

Les analyses de la qualité de l’air réalisées entre septembre 2024 et janvier 2025 révèlent des niveaux élevés de dioxyde de soufre (SO2), un gaz toxique issu du traitement du minerai. Ce polluant est connu pour ses effets nocifs sur le système respiratoire et pourrait contribuer à l’aggravation des pathologies observées.

Des versions divergentes

Face à ces accusations, la société Tenke Fungurume Mining (TFM), filiale de CMOC, rejette tout lien entre ses activités et les problèmes de santé signalés. Elle affirme que ses données internes indiquent des niveaux d’émissions conformes aux normes réglementaires et que les allégations ne sont pas étayées.

Cependant, des témoignages d’employés recueillis par les enquêteurs évoquent des rejets réguliers de gaz et des conditions de travail parfois préoccupantes, notamment en cas de déclenchement d’alertes liées au SO2.

Une chaîne d’approvisionnement mondiale impliquée

Le rapport souligne que le cobalt extrait à Tenke Fungurume alimente une chaîne d’approvisionnement mondiale. Il serait utilisé indirectement par plusieurs grands constructeurs automobiles, dont BMW, Mercedes-Benz, Stellantis et Volkswagen, dans la fabrication de véhicules électriques.

Si ces entreprises reconnaissent s’approvisionner en cobalt provenant de la RDC, elles affirment, pour la plupart, ne pas avoir identifié de violations avérées dans leurs chaînes d’approvisionnement, tout en poursuivant leurs évaluations.

Des recommandations pour une transition plus responsable

L’EIA appelle à des mesures urgentes pour remédier à la situation. Parmi ses recommandations figurent :

  • l’ouverture d’enquêtes par les autorités congolaises sur les violations présumées ;
  • la mise en place d’un système indépendant de surveillance environnementale ;
  • la suspension temporaire des activités de l’usine 30k jusqu’à vérification de ses émissions ;
  • une plus grande transparence dans la chaîne d’approvisionnement du cobalt.

L’organisation plaide également pour une implication accrue des entreprises internationales afin de garantir une transition énergétique respectueuse des populations locales.

Une transition énergétique sous pression

Alors que la transition vers les énergies propres s’accélère à l’échelle mondiale, cette enquête met en évidence ses conséquences parfois méconnues sur les territoires producteurs de matières premières.

Elle pose ainsi une question centrale : comment concilier la lutte contre le changement climatique avec le respect des droits humains et de l’environnement dans les zones d’extraction ?

La situation de Fungurume pourrait bien devenir un test majeur pour l’avenir d’une transition énergétique réellement durable.

katanga24news

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