Artisanat minier : entre exigence de traçabilité des minerais et malaise social après la décision du ministre Watum
Le 19 décembre 2025, le ministre national des Mines, Louis Watum Kabamba, a signé un arrêté suspendant les activités minières et celles des entités de traitement sur l’ensemble du territoire national. Cette décision a particulièrement affecté le Grand Katanga, notamment les provinces du Lualaba et du Haut-Katanga, où l’activité minière artisanale constitue un pilier de l’économie locale.
Une décision aux effets immédiats et controversés
À peine l’arrêté publié, des manifestations parfois violentes, voire meurtrières, ont été signalées dans la province du Lualaba. Les creuseurs artisanaux, principaux acteurs de l’extraction minière à petite échelle, ont perçu cette mesure comme un coup d’arrêt brutal à leurs activités. En cause : l’impossibilité d’écouler leurs produits auprès des entités de traitement, elles-mêmes frappées par la suspension.
L’impératif d’assainir l’artisanat minier
Pour les autorités, cette décision s’inscrit dans une volonté plus large d’assainissement du secteur minier artisanal en République démocratique du Congo. Dans le Grand Katanga, ce secteur souffre de graves dysfonctionnements : absence de traçabilité des minerais, envahissement des concessions industrielles par des creuseurs et pertes importantes de recettes pour l’État.Afin d’y remédier, le ministre des Mines a engagé une série d’actions visant à renforcer la traçabilité des minerais acheminés vers les entités de traitement. L’objectif est notamment d’éviter que ces structures ne soient assimilées à des receleurs de minerais extraits frauduleusement au sein des concessions des grandes entreprises minières.Des réunions ont ainsi été organisées avec les principales parties prenantes, notamment les responsables des coopératives minières, censées encadrer les exploitants artisanaux, les négociants ainsi que les entités de traitement, majoritairement d’origine étrangère. Ces dernières ont été sommées de se conformer strictement au Code minier, sous peine de sanctions sévères.Toute acquisition de minerais provenant de sources non certifiées est désormais interdite. Un délai de 30 jours a été accordé pour régulariser les sources d’approvisionnement, suivi de contrôles rigoureux. Par ailleurs, les entités dépourvues de titres miniers disposent de 60 jours pour adapter leurs statuts conformément à la loi.
Un moratoire de 45 jours pour la transparence
En amont, le ministère des Mines avait déjà accordé un moratoire de 45 jours aux opérateurs miniers afin de se conformer aux exigences de transparence dans l’industrie extractive. Durant cette période, les entreprises étaient tenues de publier leurs contrats, statistiques de production, données de vente et paiements, tant sur leurs propres sites que sur ceux des services officiels.Cette mesure faisait suite à de graves manquements constatés notamment au Haut-Katanga et au Lualaba.
Un déficit de communication décrié
Si les réunions et mises en demeure ont bel et bien eu lieu, elles sont restées cantonnées aux cercles dirigeants des coopératives et des entités de traitement. Les creuseurs artisanaux, pourtant directement concernés, n’ont pas été suffisamment informés ou associés à la démarche.Pour plusieurs observateurs, cette lacune communicationnelle a fragilisé la réforme. En cas de non-respect des exigences par les entités de traitement ou les coopératives, les sanctions retombent inévitablement sur les creuseurs, une masse de milliers de jeunes vivant exclusivement de cette activité. Cette situation les expose à des manipulations et à des tentatives de sabotage de la réforme.
Des préalables politiques jugés nécessaires
L’artisanat minier est un secteur hautement lucratif qui attire des acteurs puissants, parfois politiquement exposés. Cette réalité rend toute réforme délicate, car susceptible de heurter des intérêts établis. De nombreux experts estiment dès lors que des actions politiques préalables auraient dû être entreprises afin de garantir un accompagnement politique solide aux réformes engagées.
Un timing qui interroge.
La décision ministérielle est intervenue en pleine période festive de fin d’année, traditionnellement marquée par un ralentissement des grandes réformes et projets structurants. Dans l’imaginaire collectif, ces initiatives sont généralement reportées au mois de janvier. Ce choix de calendrier a renforcé l’incompréhension de l’opinion publique, d’autant plus que l’artisanat minier fait vivre une large frange de la population et dynamise l’économie locale.
Une image controversée du ministre face à l’artisanat
Enfin, cette réforme se heurte à la réputation, jugée parfois défavorable, du ministre Louis Watum Kabamba vis-à-vis de l’artisanat minier. Ancien haut cadre de l’industrie minière et figure reconnue du secteur, il est perçu par ses détracteurs comme peu favorable à l’exploitation artisanale, qu’il considérerait comme peu porteuse de développement. Une perception qui n’a pas rassuré les creuseurs dès sa prise de fonctions, malgré ses déclarations affirmant ne pas être opposé à l’artisanat.En définitive, la réussite de la réforme du secteur minier artisanal dépendra non seulement de la rigueur des mesures techniques, mais aussi de la prise en compte des réalités sociales, politiques et communicationnelles, indispensables pour garantir l’adhésion des acteurs de terrain et la stabilité sociale.
Narcisse MAPENZIYAKE
