Cameroun : Tensions et incertitudes à la veille de la proclamation des résultats de la présidentielle
Le Cameroun retient son souffle. Onze jours après le scrutin présidentiel du 12 octobre, la tension politique reste vive dans plusieurs régions du pays. Tandis que le Conseil constitutionnel a rejeté, mercredi, les dix recours déposés par l’opposition pour contester les résultats provisoires, les partisans des principaux candidats rivalisent de déclarations, dans un climat électrique.
Des pétitions rejetées, un climat tendu
Mercredi soir, la plus haute juridiction électorale du pays a confirmé la validité du scrutin, estimant que les irrégularités dénoncées par certains partis n’étaient pas de nature à en affecter la sincérité. Cette décision a immédiatement suscité la colère d’une partie de l’opposition, qui accuse le régime du président sortant Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, d’avoir « confisqué » le vote populaire.
Dans le nord du pays, notamment à Garoua, des manifestations spontanées ont éclaté après l’annonce de la décision. Selon des témoins cités par Reuters, des affrontements ont opposé les forces de l’ordre à des groupes de jeunes, faisant au moins un mort et plusieurs blessés.
Issa Tchiroma revendique la victoire
L’opposant Issa Tchiroma Bakary, candidat de l’Union pour le changement, continue d’affirmer qu’il est le véritable vainqueur du scrutin. Dans un message publié ce jeudi matin, il a appelé ses partisans à « rester mobilisés » et à « défendre la vérité des urnes ».
Son camp a invité les Camerounais à observer une journée symbolique de « victoire citoyenne » ce 23 octobre, tout en insistant sur la non-violence.
De son côté, le parti au pouvoir, le RDPC, assure que les institutions électorales ont agi « dans le strict respect de la loi » et appelle à la patience jusqu’à la proclamation officielle des résultats.
Résultats officiels attendus le 27 octobre
Initialement annoncée pour ce jeudi 23 octobre, la proclamation des résultats a finalement été reportée au lundi 27 octobre 2025. Une décision qui nourrit les spéculations dans la capitale, où des mesures de sécurité renforcées ont été observées autour des institutions gouvernementales et du siège du Conseil constitutionnel.
Pressions et appels internationaux
Sur le plan diplomatique, les appels à la retenue se multiplient. Le congressman américain Jonathan Jackson a exhorté les autorités camerounaises à « respecter la volonté du peuple » et à garantir une publication transparente des résultats.
Plusieurs organisations africaines et européennes suivent également de près la situation, redoutant une escalade de la tension politique.
Un pays à la croisée des chemins
À 92 ans, Paul Biya demeure une figure centrale, mais controversée, de la scène politique camerounaise. Pour ses partisans, il incarne la stabilité ; pour ses détracteurs, il symbolise l’immobilisme et la confiscation du pouvoir.
Quelles que soient les conclusions du Conseil constitutionnel, l’enjeu pour le Cameroun dépasse cette élection : il s’agit désormais de préserver la paix civile et de restaurer la confiance dans le processus démocratique.
