13e Conférence des gouverneurs : le pari du développement rural et de la souveraineté alimentaire en RDC
Instituée par l’article 200 de la Constitution du 18 février 2006, la Conférence des gouverneurs s’inscrit dans la dynamique de décentralisation en République démocratique du Congo. Elle consacre les principes de libre administration des provinces, leur autonomie de gestion ainsi que la répartition des compétences entre le pouvoir central et les entités provinciales. La Loi organique n° 08/015 du 7 octobre 2008 en précise les modalités d’organisation et de fonctionnement.
Cadre de concertation entre les différents niveaux de gouvernance, cette instance a pour mission de formuler des avis sur les politiques publiques et les lois, tout en contribuant à la consolidation de l’unité nationale, de la paix et de la solidarité entre les provinces. Elle se tient de manière itinérante à travers le pays, rapprochant ainsi les autorités nationales des réalités locales, sauf en cas de contraintes exceptionnelles.
13e Conférence des gouverneurs : Tshisekedi appelle à une transformation structurelle du monde rural
C’est dans ce contexte institutionnel que le Président de la République, Félix Tshisekedi, a procédé, ce mardi 24 mars 2026, au lancement officiel des travaux de la 13e Conférence des gouverneurs à Bandundu. Initialement reportée à plusieurs reprises en raison de difficultés logistiques et infrastructurelles, cette session s’ouvre également dans un climat marqué par la faible mise en œuvre des recommandations issues des éditions précédentes.
Placée sous le thème « Transformation du secteur agricole, pastoral et halieutique : développement rural et connexion aux marchés urbains », cette rencontre a réuni les présidents des deux chambres du Parlement, les membres du gouvernement ainsi que plusieurs personnalités civiles et militaires.
Dans son allocution, Félix Tshisekedi a mis en lumière l’importance stratégique de ce thème, qui touche à des enjeux majeurs tels que la sécurité alimentaire, l’emploi des jeunes, la lutte contre la pauvreté, l’équilibre entre les zones rurales et urbaines, ainsi que l’affirmation de la souveraineté nationale.
Évoquant le contexte international actuel, marqué notamment par des tensions géopolitiques, la hausse du coût de la vie, les perturbations des chaînes d’approvisionnement, les effets du changement climatique et la compétition autour des ressources stratégiques, le Chef de l’État a insisté sur la nécessité pour chaque nation de renforcer son autonomie, notamment sur le plan alimentaire et rural.
« Je tiens à insister sur un point : il n’y aura pas de transformation agricole durable sans gouvernance provinciale exemplaire. Il n’y aura pas de développement rural solide sans discipline budgétaire. Il n’y aura pas de connexion efficace aux marchés urbains sans planification territoriale cohérente. Il n’y aura pas d’investissement soutenable sans sécurité juridique et institutionnelle. Et il n’y aura pas de progrès réel tant que les ressources publiques continueront d’être dispersées, mal priorisées ou détournées de leur finalité première, qui est de servir le producteur et, au-delà, le citoyen« ,
Le Chef de l’État a également réaffirmé la volonté du gouvernement de renforcer les connexions entre les territoires ruraux et les centres urbains, d’intégrer davantage la production locale dans les chaînes de valeur et de faciliter l’accès des provinces aux marchés nationaux et régionaux. Il a souligné que cette ambition repose avant tout sur une gouvernance crédible et constante.
« Notre ambition est claire : mieux relier les territoires ruraux aux centres urbains, mieux intégrer la production locale aux chaînes de valeur, mieux connecter nos provinces aux marchés nationaux et régionaux, afin de faire émerger une économie plus équilibrée, plus inclusive et plus résiliente. Une telle ambition appelle des investissements soutenus dans les routes de desserte agricole, les capacités de stockage et de conservation, l’accès à l’énergie, les outils de transformation, les infrastructures de transport ainsi que des solutions numériques. Mais au-delà des infrastructures et des mécanismes, la condition décisive demeure la même : une volonté politique constante, soutenue par une gouvernance crédible«
Dans le même esprit, il a exprimé son attente de voir ces travaux déboucher sur des clarifications politiques, notamment en ce qui concerne la décentralisation, la répartition des responsabilités entre exécutifs provinciaux et assemblées provinciales, ainsi que les exigences de stabilité institutionnelle et de transparence.
« Je forme le vœu que cette 13e session de la Conférence des gouverneurs soit aussi un moment de clarification politique : clarification sur le sens véritable de la décentralisation, clarification sur les responsabilités respectives des exécutifs provinciaux et des assemblées provinciales, clarification sur les exigences minimales de stabilité institutionnelle, de transparence dans la gestion et de redevabilité dans l’action publique, Clarification, enfin, sur cette vérité essentielle : l’autorité publique n’est pas un instrument de positionnement, mais un devoir exercé au service de la population. Nous devons sortir, partout où elle subsiste encore, des logiques de crise répétée, de blocage stérile et d’arrangements précaires. Nous devons faire prévaloir une culture de responsabilité, de continuité de l’État et de résultats mesurables. Nous devons surtout démontrer à notre peuple que les institutions provinciales peuvent être des instruments d’efficacité, de stabilité et de développement, et non des foyers d’incertitude« ,
La Conférence réunit les gouverneurs de province, le Président de la République, le Premier ministre ainsi que le ministre de l’Intérieur. D’autres membres du gouvernement peuvent y être associés en fonction des thématiques inscrites à l’ordre du jour, garantissant ainsi un dialogue structuré et continu entre les institutions nationales et provinciales.
