Kolwezi : le boom immobilier construit sur les larmes des faibles
La question foncière dans la ville de Kolwezi, au Lualaba, suscite de plus en plus d’inquiétudes. Déguerpissements forcés, destructions de maisons, expropriations non indemnisées : de nombreux habitants, notamment des agriculteurs et des familles modestes, affirment avoir été chassés de leurs terres sans respect des procédures légales.
Dans une interview exclusive accordée à katanga24news, Maître Gauthier Kayombo, acteur de la société civile du Lualaba, a dressé un tableau sombre de la situation. Selon lui, depuis 2017, la société civile tire la sonnette d’alarme face à ce qu’il qualifie de « violations systématiques du droit à la propriété et du Code minier ».
« L’État, qui devrait protéger les habitants, est devenu lui-même un acteur des expropriations. Et les entreprises privées profitent de cette faiblesse institutionnelle », déplore-t-il.
Des lois ignorées, des citoyens abandonnés
Maître Gauthier Kayombo rappelle que la loi sur l’expropriation pour cause d’utilité publique existe depuis 1977, et que le Code minier révisé en 2018 encadre strictement les processus de délocalisation, de compensation et d’indemnisation. Pourtant, sur le terrain, ces textes sont peu respectés.
« On parle d’indemnisation sans parler de délocalisation. Or, la loi est claire : une maison doit être remplacée par une maison, une terre par une autre terre », souligne-t-il.
À Kolwezi, plusieurs cas de déguerpissements sont recensés, notamment autour de l’aéroport, le long de la RN39, élargie récemment et dans plusieurs villages aux environs de la ville. Des habitations ont été détruites sans consultation préalable ni indemnisation adéquate.
L’exemple du village Kamikungwa illustre ce désordre : malgré son existence reconnue depuis 2015, le site a été intégré en 2022 dans un lotissement provincial sans enquête préalable, en violation de l’article 193 de la loi foncière. Résultat : plus de 200 ménages dorment aujourd’hui à la belle étoile, selon la société civile.
Des expropriations massives sans compensation
Selon plusieurs témoignages recueillis par Katanga24News, les cas d’expropriations illégales se multiplient dans les environs de Kolwezi. Les zones agricoles et même certains quartiers d’habitation sont concernés.
Le député provincial du Lualaba, Eddy Kapend, a d’ailleurs interpellé le gouvernement provincial lors de la plénière du 24 octobre 2025, plaidant pour la création d’une commission parlementaire chargée d’identifier et de sécuriser les terres agricoles.
« Les agriculteurs sont délogés sans qu’on leur attribue des terres de substitution. Nous devons identifier les terres arables de la province afin de planifier d’éventuelles réinstallations dans la dignité », a-t-il déclaré.
Plusieurs villages proches de Kolwezi, dont Mupanza et Tshikinina, sont au cœur de ces tensions. Des projets de lotissement et d’aménagement urbain conduisent à des expulsions sans véritable plan de relogement.
« À Mupanza, c’est tout un village qu’on veut déplacer pour ériger un centre financier. À Tshikinina, on chasse les gens de leurs champs. Mais où iront-ils cultiver ? », s’interroge le député Kapend, dénonçant l’absence d’un plan d’accompagnement du ministère provincial de l’Agriculture.
L’État et les puissants montrés du doigt
Pour l’activiste, les autorités locales sont directement impliquées. Certaines zones déguerpies par la force seraient désormais occupées par des officiels, tandis que les anciens habitants, sans moyens ni recours, sont laissés pour compte.
« À Kolwezi, les faibles sont chassés, pendant que les plus puissants s’installent sur les mêmes terrains. C’est une injustice flagrante », affirme Maître Gauthier.
Il cite le cas des anciennes concessions de la Régie des Voies Aériennes (RVA), désormais occupées par des personnalités influentes, au détriment d’anciens habitants expropriés sans relogement.
Un édit provincial ignoré
Un édit provincial sur la délocalisation, adopté lors de la précédente législature à l’initiative du député Gaston Mushid, devait encadrer ces opérations au Lualaba. Celui-ci prévoit expressément que toute délocalisation implique réinstallation équitable, et non le simple versement d’argent liquide.
Mais, selon la société civile, aucune disposition de cet édit n’est respectée.
« Nous avons les lois. Ce qu’il manque, c’est la volonté de les appliquer », regrette Maître Gauthier.
Un appel à la responsabilité des autorités
Pour conclure, l’acteur de la société civile a appelé les dirigeants à cesser la gestion par défi et à se rappeler que « la population est la seule force d’un dirigeant ». Il exhorte le gouvernement provincial et national à faire respecter la loi foncière et les droits humains, rappelant que les violations de ces droits sont imprescriptibles.
« Une démocratie ne peut pas se construire sur les ruines des maisons de ses citoyens », a-t-il martelé.
La société civile du Lualaba annonce poursuivre ses démarches judiciaires et médiatiques pour que les victimes soient reconnues et indemnisées conformément aux lois de la République.
