21 juin 2026

RDC : la CENCO met en garde contre un changement de Constitution dans un contexte de crise

La Conférence épiscopale nationale du Congo prend clairement position dans le débat autour d’un éventuel changement de la Constitution en République démocratique du Congo.…

La Conférence épiscopale nationale du Congo prend clairement position dans le débat autour d’un éventuel changement de la Constitution en République démocratique du Congo. Réunis à Kinshasa à l’issue d’une assemblée plénière extraordinaire, les évêques catholiques ont exprimé une vive inquiétude face à la situation politique, sécuritaire et sociale du pays.

Avant de rendre publique leur déclaration, les prélats ont consulté plusieurs acteurs, notamment des membres de l’opposition, du camp présidentiel, ainsi que des experts et constitutionnalistes. L’objectif était de nourrir leur réflexion sur la question constitutionnelle qui divise actuellement la classe politique congolaise.

Au terme de ces consultations, la position de la CENCO est ferme. « Nous ne voyons ni la nécessité ni l’urgence ni l’opportunité d’un changement de la Constitution », ont affirmé les évêques dans une déclaration lue par Monseigneur Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO.

Les évêques mettent en garde contre un passage en force

Pour la CENCO, la question constitutionnelle ne peut pas être abordée dans un climat de tension, de peur et de pression politique. Les évêques estiment qu’une telle démarche pourrait fragiliser davantage le pays, déjà confronté à de graves défis sécuritaires et sociaux.

Ils préviennent notamment contre les conséquences d’un passage en force.

« Tout passage en force comporte des risques énormes dont la balkanisation du pays », avertissent-ils.

Les évêques vont plus loin en soulignant que la situation politique actuelle pourrait réveiller des tensions dangereuses dans un pays où les rivalités prennent parfois une dimension communautaire.

« Dans un contexte où les rivalités politiques revêtent des connotations ethniques et tribales, le déclenchement d’une autre guerre civile est à redouter », indiquent-ils.

Cette mise en garde intervient alors que les autorités défendent le projet d’un changement de la Constitution, tandis que l’opposition y voit une manœuvre susceptible de permettre au président Félix Tshisekedi de rester au pouvoir après la fin de son second mandat.

La CENCO rappelle le respect de l’ordre constitutionnel

Dans son message, l’épiscopat catholique appelle le président de la République à respecter son serment constitutionnel. Les évêques estiment que la Constitution dispose déjà de mécanismes permettant sa modification, sans qu’il soit nécessaire de procéder à un changement total.

Monseigneur Donatien Nshole rappelle à ce sujet que

« la Constitution elle-même prévoit les dispositions de sa modification et les articles qu’on ne peut pas déverrouiller ».

Pour le secrétaire général de la CENCO, la position de l’Église ne doit pas être interprétée comme un ralliement à l’opposition. Il précise que la CENCO agit en tant qu’acteur de la société civile, soucieux de la paix, de la stabilité et du respect des institutions.

« L’Église intervient comme société civile et ne doit pas être indifférente aux défis de son temps qui sont de taille : il s’agit de la sécurité et de la paix durable », a déclaré Monseigneur Donatien Nshole.

La CENCO dénonce également le climat dans lequel se déroule la campagne en faveur du changement constitutionnel. Selon Monseigneur Donatien Nshole, cette campagne se ferait « dans un climat de terreur contre des voix discordantes au sein même de la majorité ».

Une nation confrontée à plusieurs crises

Au-delà du débat sur la Constitution, les évêques dressent un tableau préoccupant de la situation générale du pays. Ils évoquent une RDC fragilisée par l’insécurité persistante dans l’Est, les violences armées, les massacres de civils et le déplacement massif des populations.

Sur le plan socio-économique, la CENCO reconnaît certaines avancées, notamment dans les infrastructures et les routes. Mais elle estime que ces efforts restent insuffisants pour répondre aux attentes de la population, confrontée à la précarité, aux frustrations sociales et aux inégalités.

Pour les évêques, les priorités du moment devraient être la paix, la sécurité, l’amélioration des conditions de vie et la cohésion nationale.

Un appel direct au peuple congolais

La CENCO ne s’adresse pas seulement aux autorités politiques. Elle appelle également le peuple congolais à rester vigilant et à prendre conscience de la gravité de la situation.

« Le pays va mal, mettons-nous debout », lancent les évêques, invitant les Congolais à ne pas rester indifférents face aux enjeux actuels.

Ils insistent également sur l’urgence d’une prise de conscience collective.

« Il est impérieux de prendre notre destin en main, sinon notre avenir sera hypothéqué pour longtemps », préviennent-ils.

À travers cette déclaration, la CENCO place le débat constitutionnel au cœur d’un enjeu plus large : la préservation de la paix, de l’unité nationale et de l’avenir de la République démocratique du Congo.

Pour les évêques catholiques, toute initiative politique susceptible de diviser davantage le pays doit être évitée. Ils appellent ainsi les acteurs politiques à la responsabilité, au dialogue et au respect de l’ordre constitutionnel.

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